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Année 1917

  • 1917, guerre sous-marine, intervention américaine, révolution russe

Wilson ne sera pas un médiateur : le 31 janvier, Washington reçoit en effet de Berlin notification de la zone dans laquelle, à compter du lendemain, tout navire marchand sera torpillé sans avertissement. Vient s’ajouter à ce climat la crise diplomatique provoquée en mars par l’interception du télégramme Zimmerwald, dans lequel le ministre des Affaires étrangères du Reich enjoint à son chargé d’affaires à Mexico de pousser le Mexique à entrer en guerre contre les États-Unis.

Cette fois, c’en est trop, et, après avoir rompu le 3 février les relations diplomatiques, les États-Unis déclarent le 2 avril la guerre à l’Allemagne. Entendant toutefois conserver leur liberté, ils se déclarent seulement « associés » (et non alliés) aux adversaires du Reich. Cette intervention entraîne celle assez symbolique de la Chine et de plusieurs États d’Amérique latine.

Avec près de 900 000 tonneaux de pertes marchandes alliées, le mois d’avril 1917 établit un record qui ne sera pas même atteint durant la Seconde Guerre mondiale. L’objectif était d’affamer le Royaume-Uni, dont les réserves céréalières étaient faibles, en interdisant la navigation commerciale atlantique. Le risque de rupture diplomatique avec les États-Unis était connu et avait été accepté. La victoire des sous-marins allemands (130 en service, dont la moitié à la mer) se prolonge jusqu’à l’automne sans réussir à abattre la Grande-Bretagne, qui résiste grâce au système des convois escortés par des navires de guerre.

Pour les Alliés, l’intervention américaine apporte une aide immédiate sur les plans naval, économique et financier, mais l’armée américaine compte à peine 200 000 hommes, et, dans le domaine militaire, tout est à faire.

En Russie, la crise qui éclate en janvier à Petrograd se termine par l’abdication du tsar (15 mars), approuvée par tout le haut commandement russe. Sympathique aux Alliés, le gouvernement du prince Lvov éveille chez eux l’espoir de voir la Russie coopérer plus activement à la guerre. Mais les progrès de la révolution paralysent bientôt l’armée, dont la dernière offensive lancée par Kerenski en juillet se termine en débandade, tandis que le parti bolchevique de Lénine propage son programme de paix.

L’échec de l’offensive Kerenski permet aux Allemands de se réinstaller en Bucovine et d’y menacer le front roumain reconstitué avec l’aide de la France. Après la faillite du gouvernement Kerenski, les bolcheviques prennent enfin le pouvoir le 7 novembre (révolution dite « d’octobre »). Lénine entame aussitôt la procédure de l’armistice, qui est signé à Brest-Litovsk le 15 décembre, 6 jours après celui de Focşani, conclu avec les Roumains.

À la fin de l’année, Ludendorff, qui, depuis la chute de Bethmann-Hollweg (juillet), est devenu le véritable dirigeant du Reich, disposera de toutes ses forces pour lancer un ultime coup de boutoir sur le front français avant l’arrivée des Américains. En réalité, l’Allemagne ne pourra atteindre cet objectif, car elle devra maintenir à l’est une forte proportion de ses troupes pour contenir les velléités d’indépendance de la Pologne et des Baltes, et surtout pour occuper l’Ukraine, dont les livraisons agricoles lui sont indispensables.

  • Bataille du Chemin des Dames et crise française

En France, où le front allemand est volontairement replié le 27 février entre Arras et Soissons (dans le dessein d’économiser des effectifs), l’année s’ouvre dans un immense courant d’optimisme.

Nivelle a en effet rallié les Anglais à l’idée d’une grande et définitive offensive : « Nous romprons le front allemand quand nous voudrons », affirme-t-il le 13 janvier. Précédée d’une attaque anglaise en Artois, l’offensive des armées Mangin et Mazel débouche le 16 avril sur le Chemin des Dames, complétée le 17 par une action de l’armée Anthoine en Champagne.

Après un brillant départ et le premier engagement des chars français Schneider à Berry-au-Bac, l’assaut se heurte à une muraille de feu infranchissable, et l’immense espoir des poilus se transforme en une dramatique désillusion. À Paris, le moral s’effondre : le président du Conseil Painlevé décide d’arrêter l’opération, et, le 15 mai, remplace Nivelle par Pétain.
Poilu de la Première Guerre mondialePoilu de la Première Guerre mondiale

La tâche du nouveau généralissime est redoutable, car la déception de l’armée dégénère en révolte : dans une cinquantaine de divisions, des mutineries éclatent (→ crise des mutineries). Ces mouvements, qui ne vont jamais jusqu’à la fraternisation avec l’ennemi, sont d’abord l’expression d’une exaspération devant la conduite de la guerre et le mépris des généraux pour la vie des soldats. Les chefs y voient le résultat de la propagande ennemie, voire de celle d’agitateurs pacifistes d’extrême gauche.

La répression est sévère : Pétain, qui vient de remplacer Nivelle, fait condamner à mort 554 mutins dont 75 seront exécutés, mais il a aussi l’habileté d’introduire des améliorations dans l’organisation des permissions et du cantonnement et rend confiance à l’armée en lui faisant réaliser à Verdun (août), puis à la Malmaison (octobre), deux opérations à objectifs limités qui seront de véritables succès.

Sa tâche est facilitée par les Britanniques de Haig, qui, de juin à décembre, fixent les Allemands par une série d’offensives très coûteuses menées dans les Flandres autour d’Ypres (→ batailles d’Ypres) et à Cambrai, où, pour la première fois, une masse de chars (378 blindés) est engagée le 20 novembre.
Affiche française, 1917Affiche française, 1917

Parallèlement à cette crise militaire, la France, usée par la guerre, connaît une grave crise morale que trois gouvernements successifs (Briand, Ribot et Painlevé) s’efforcent malaisément de conjurer. Faisant écho à la révolution russe et à l’agitation parlementaire, des grèves éclatent qui traduisent l’aggravation de la situation économique (carte de sucre et de charbon) et le niveau très bas des salaires. Une propagande pacifiste se développe dans la presse (le Bonnet rouge), où l’on retrouve la main et l’argent des agents allemands.

Pour réagir, Poincaré décide le 14 novembre d’appeler au gouvernement Clemenceau, qui, avec une extraordinaire énergie, choisit comme unique programme : « Je fais la guerre. » Après avoir stigmatisé Louis Malvy (ancien ministre de l’Intérieur), il fait arrêter Caillaux, accusés tous deux d’abusives complaisances envers les « défaitistes ».

Pour aborder les redoutables échéances de 1918, le pays sera gouverné.

  • Les tentatives de paix et leur échec

Au cours de cette « année trouble » (Poincaré), on peut croire que l’usure des belligérants allait imposer la fin du conflit, et, en effet, plusieurs tentatives furent faites pour trouver le chemin d’une paix de compromis. À côté des efforts du pape Benoît XV, qui, le 1er août, lance un appel aux belligérants, l’entreprise la plus sérieuse fut menée par l’empereur Charles Ier d’Autriche, qui savait que la situation politique, économique et militaire de son pays se dégradait de jour en jour. Une négociation secrète fut conduite en son nom par ses deux beaux-frères, Sixte et Xavier de Bourbon-Parme, auprès de la France. Elle fut mise en échec par les Allemands, qui en eurent connaissance, et aussi par les exigences formulées vis-à-vis de Vienne par l’Italie auprès de la France et de la Grande-Bretagne à la conférence de Saint-Jean-de-Maurienne (19 avril 1917).

  • Italie, Moyen-Orient et Grèce

Inquiets des tractations de l’empereur Charles, les Allemands se décident, pour relancer l’Autriche-Hongrie dans la guerre, à lui faire cadeau d’une victoire. Le 24 octobre, 7 des meilleures divisions allemandes, conduites par le général Otto von Below, enfoncent à Caporetto le front italien, qu’elles refoulent jusqu’à la Piave. Cadorna, le généralissime italien (bientôt remplacé par Diaz), appelle les Alliés au secours. Foch et Robertson, suivis de dix divisions franco-anglaises, arrivent à Rapallo, où s’ébauche le premier et timide organe de commandement interallié (6 et 7 novembre 1917).

Conscients de l’importance politique et économique grandissante du Moyen-Orient, les Britanniques lui consacrent en 1917 des moyens considérables. Ils leur permettront de conjuguer leurs efforts en Mésopotamie, où ils reprennent Kut al-Amara et entrent à Bagdad (11 mars), et en Palestine, où le général Allenby déclenche en octobre une puissante offensive qui lui ouvre, le 9 décembre, les portes de Jérusalem. C’est à cette occasion que la Grande-Bretagne, qui entend jouer à la fois la carte sioniste et la carte arabe, affirme sa volonté « de créer après la guerre un foyer national juif en Palestine » (→ déclaration Balfour, 2 novembre 1917).

En Orient, l’année se termine sur une note optimiste pour les Alliés : ceux-ci viennent en outre de clarifier l’équivoque situation de la Grèce en provoquant l’abdication du roi Constantin Ier au profit de son fils Alexandre (12 juin). Ce dernier confie le pouvoir à Venizélos, qui déclare la guerre à l’Allemagne et à ses alliés (29 juin).